jeudi 4 novembre 2010

Quelle présence du Christ ?




Apocalypse 3, 14-22
14 À l'ange de l'Eglise de Laodicée, écris : Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et vrai, le commencement même de la création de Dieu :
15 Je connais tes œuvres ; je sais bien que tu n'es ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais froid ou bouillant !
16 Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni bouillant ni froid, je vais te vomir de ma bouche.
17 Parce que tu dis : « Je suis riche, je suis devenu riche, je n'ai besoin de rien », sans savoir que, toi-même, tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu,
18 je te conseille de m'acheter de l'or purifié par le feu, afin que tu deviennes riche, des vêtements blancs, afin que tu sois habillé et que la honte de ta nudité ne devienne pas manifeste, et un collyre pour t'en oindre les yeux, afin que tu voies.
19 Tous mes amis, moi, je les reprends et je les corrige. Passionne-toi donc, change radicalement !
20 Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi.
21 Le vainqueur, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône, comme moi-même j'ai été vainqueur et je me suis assis avec mon Père sur son trône.
22 Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises !
*

Ce texte de l'Apocalypse fait partie des lettres aux sept Églises de la province romaine d'Asie, dans la Turquie actuelle. Localisées, ces sept Églises sont aussi un symbole de toutes les Églises, dans leur universalité — et pour tous les temps : c'est ainsi qu'au premier chapitre ces Eglises nous sont présentées comme étant les sept chandeliers (Ap 1, 20), la Menorah, un des symboles d'Israël, sept flammes brûlant perpétuellement dans le Temple pour signifier selon ce même livre de l'Apocalypse « les sept esprits de Dieu » (Ap 4,5).

Les remises en question adressées à ces Églises — faisant référence à des travers typiques, des tentations toujours présentes dans les Églises — nous concernent nous aussi.

Les travers visés aujourd'hui sont typifiés par ceux de l'ancienne Église de Laodicée.


L'Eglise à Laodicée

Ces dérives, dénoncées à travers l'Église de Laodicée, pourraient se résumer à la tiédeur, et à l'aveuglement, liés à une trop grande confiance en soi. Le prophète prononce sa dénonciation en faisant référence aux caractéristiques connues de la ville de Laodicée. Elle était dotée d'institutions bancaires importantes. De quoi appuyer sa confiance en elle : tu te dis riche. En fait tu es pauvre, lui dit la lettre. Elle était célèbre pour son industrie textile : tu te crois bien vêtue ? Tu es nue. C'était un centre thermal avec des sources chaudes : ton eau est tiède, à vomir. Centre médical, spécialisé en ophtalmologie : tu n'y vois rien, oins tes yeux du collyre dont j'ai seul le secret dit le Seigneur.

Belle confiance en soi que celle de l'Église de cette ville. Mais voilà, en attendant, le Christ est à la porte.

Le Christ est à la porte et il frappe : « si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, je prendrai la Cène avec lui et lui avec moi » (Ap 3, 20). Moment central de la confession de la présence du Christ : la Cène. Mais le Christ est-il vraiment présent à nos tables de Sainte Cène, comme nous l'affirmons, avec une confiance en nous — un aveuglement ? — qui est peut-être à ses yeux d'une arrogance parfaitement laodicéenne ?

Que dit l'Esprit à nos Églises par l'appel du prophète à celle de Laodicée ? Quelle est notre prétendue richesse (spirituelle, s’entend – financière nous ne nous leurrons pas !), quelle est notre prétendue lucidité ? Abus de confiance en soi ? Aveuglement ?


Absence réelle ?

Bien avant cette lettre de l’Apocalypse, le peuple d'Israël de l'époque du premier Temple était convaincu de la présence réelle et protectrice de Dieu au Temple. D'où le choc lors de la destruction du Temple et du départ en exil. La présence de Dieu, manifestement, s'était retirée — ce que la théologie juive a appelé, justement, l'exil de la Shekhina, du nom hébreu de cette présence.

Le Christ est à la porte et il frappe dit la lettre. « Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte... je prendrai la Cène avec lui et lui avec moi ». Ce texte a aussi son côté sombre : il est à la porte ! Le repas pascal, origine de la Sainte Cène inclut selon la Torah l'ingestion d'herbes amères, pour signifier l'amertume de l'exil. Voilà ce que pourrait vouloir nous dire aussi ce texte qui parle de nos Cènes. Peut-être pour nous inviter à nous savoir vides pour que nous sachions laisser entrer le Christ.

R.P.
Consistoire, Antibes, 4.11.10


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